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 L'étude du conformisme 05/02/07

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cioute

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Nombre de messages : 10
Date d'inscription : 31/01/2007

MessageSujet: L'étude du conformisme 05/02/07   Mer 14 Fév - 0:19

suite à une erreur de manip, la présentation de ce cours doit être refaite. Merci de votre compréhension :)

L’influence majoritaire : étude du conformisme ou l’effet Asch (1956)

Suite au cours précédent sur l’influence d’autrui sur les performances, nous allons voir l’étude du conformisme ou l’effet Asch, et nous savons que le conformisme apparaît dans des situations où il existe une norme de jugement majoritaire. Pourquoi se conforme t’on ?

Le point de départ de Asch a été de mettre à jour les processus de soumission à un groupe au travers d’expériences maintenant célèbres datant de 1951 et 1956, nous allons voir celle de 1956.
Principes de l’expérience : il demande à des groupes de 7 à 9 étudiants, tous masculins, de participer à une recherche sur la perception visuelle. Il propose une série de 2 cartons avec à gauche un carton avec une barre étalon et à droite un carton avec 3 lignes de longueurs différentes dont une correspond à la barre du carton gauche ; ainsi les sujets doivent décider quelle ligne parmi les 3 correspond à celle de gauche, les sujets donnent leur réponse un par un à haute voix dans l’ordre dans lequel ils sont assis (pas au hasard), il y a 18 séries de 2 cartons. Contrairement à l’expérience de Sherif, il n’y a pas d’ambiguïté dans la situation. Il n’y a qu’un seul sujet naïf, les autres étant des compères de l’expérimentateur, et le sujet naïf s’exprime toujours en avant dernier grâce à un tirage au sort truqué.
- série 1 : tout le monde donne la bonne réponse
- série 2 : idem
- série 3 : série critique/problématique (il y en a 12/18), tous répondent A au lieu de B
Que va faire le sujet naïf ?
Sur 123 sujets :
- 29 ne donnent que des réponses correctes (23.5%)
- 94 donnent au moins une réponse « fausse » (76.5%)
- 39 donnent des réponses « fausses » à plus de la moitié des essais critiques (32%)
Le taux d’influence est donc de 32%

Il y a donc une forte tendance au conformisme (plus d’un tiers) mais il y a aussi de fortes variations interindividuelles. Après l’expérience, Asch explique au sujet le but de l’expérience, il leur pose des questions… Aucun sujet n’a décelé la supercherie mais tous déclarent avoir donné leur réponse en toute indépendance sans se préoccuper des autres.

Variantes faites par Asch : on va essayer de voir dans quelles conditions cet effet n’apparaît pas afin de mieux comprendre quand il apparaît.
- le rôle de l’unanimité : que se passe t’il si la majorité n’est plus unanime ?
Mêmes conditions d’expérimentation sauf que le 4em compère répond juste ; dans cette situation le taux d’influence est de 5.5%, c’est l’unanimité plus que la majorité qui détermine le conformisme.
- le rôle de la taille du groupe :

taille de la majorité : 1 2 3 4 8 10 12
nbr moyen d’erreurs : 0.33 ; 1.53 ; 4.00 ; 4.20 ; 3.83 ; 3.75 ; 3.75

Apparition du taux d’influence à 4 erreurs, effet plateau. C’est le groupe et non sa taille qui génère l’influence.
- les erreurs de compromis : il utilise des séries dans lesquelles la barre étalon est plus proche de 2 réponses, il y a donc plus d’ambiguïté, et les compères donnent systématiquement la réponse « fausse » la plus évidente. La majorité des sujets donnent la réponse fausse intermédiaire, c’est donc une solution de compromis.
Le conformisme est un phénomène de négociation implicite qui s’instaure entre le sujet et le groupe, ça n’est pas un phénomène de tout ou rien.


Pourquoi se conforme t’on ?

Deutsch et Gerard (1955)
Ils reprennent les travaux de Asch et proposent 2 types d’influences possibles.
l’influence informationnelle : cette influence apparaît à chaque fois qu’on a besoin d’évaluer l’exactitude de la perception de la réalité ; on a tendance à comparer notre opinion à celle des autres pour déterminer la validité de notre jugement, à partir de là il y a influence informationnelle en fonction de l’opinion des autres.
Willis et Levine (1976) distinguent 3 niveaux d’influence informationnelle selon le type de question qui se pose :
- question « vérifiable maintenant » (universellement vrai), on peut répondre sans l’accord des autres, pas d’influence.
- question « vérifiable en principe », le sujet pense qu’il existe une réponse vraie mais lui ne l’a pas, influence possible.
- question « invérifiable en principe », question de goût par exemple.
Le conformisme serait faible quand une vérification est immédiatement possible ou impossible, et il serait fort quand une réponse est vérifiable en principe. Selon les individus, une question peut être dans une catégorie différente (ex : est-ce que Dieu existe ?).

l’influence normative : elle apparaît quand l’individu se conforme aux attentes normatives du groupe ; l’individu qui ne se conforme pas s’attend à être évaluer négativement et vice versa, et l’attente du groupe majoritaire est que tout le monde le suive. Il y a un double conflit :
- cognitif, de pensée : contradiction forte entre ce que l’individu perçoit et ce que voit le groupe, donc situation ambiguë, or notre expérience sociale nous apprend à nous servir de l’opinion d’autrui pour trancher d’où le conformisme.
- social : être perçu positivement dans un groupe signifie respecter les normes du groupe, se conformer.
Dans l’expérience de Asch, le sujet est soumis à ces 2 types d’influence.


Serge Moscovici (1979)
Le conformisme est une forme de négociation implicite entre l’individu et le groupe à propos d’un conflit qui s’engage sur la façon de voir la réalité. Se conformer est un moyen possible de se sortir du conflit, mais plusieurs conditions limitées sont nécessaires :
- lorsqu’il existe une « bonne » réponse
- lorsque le groupe est « nomique » (unanime) et position inébranlable
- lorsque l’individu est « anomique »

Que passe t’il quand la position est défendue par une minorité ? Est-ce que ça peut générer une influence ?
Les recherches sur l’influence des minorités sont surprenantes et novatrices.
- jusqu’aux années 70 : modèle fonctionnaliste
L’influence sociale est conçue comme asymétrique : seule une ascendance basée sur le pouvoir, la compétence, la force numérique ou l’autorité peut influencer.
- à partir des années 70 : modèle interactionniste (de la négociation du conflit)
L’influence sociale est conçue comme symétrique puisqu’il y a négociation du conflit entre la minorité et la majorité, l’une et l’autre peuvent être à la fois source et cible d’influence. On peut dès lors concevoir qu’une minorité influence une majorité.

Moscovici en s’appuyant sur l’histoire montre que les mouvements novateurs viennent des minorités bien que la majorité tente de les faire échouer. Quelles sont les conditions pour les minorités changent la majorité ?
Au sein d’une société, la minorité est soit active (elle prend ouvertement le contre-pied de la majorité et elle propose des normes différentes qu’elle affirme) soit passive (transgresse les normes sans en proposer d’autres). A l’intérieur des minorités actives on distingue : les orthodoxes (se déplacent dans la même direction que la norme majoritaire en l’extrémisant) et les hétérodoxes (proposent des normes différentes).
Pour qu’une minorité soit influente elle doit être au minimum active, elle doit défendre une position. Il faut aussi que la minorité soit socialement reconnue par la majorité, il faut qu’elle soit constante.
Moscovici reprend l’expérience de Asch à l’envers, dans l’expérience de Asch la majorité est seulement numérique mais la réponse « fausse » donnée est minoritaire puisque la bonne réponse est évidente, donc l’effet de Asch peut être vu comme minoritaire. Quand ce point de vu minoritaire est défendu par une majorité elle n’est pas unanime, le taux d’influence est faible.


Moscovici, Lage et Naffrechoux (1969) : l’expérience du « bleu/vert »
Dans cette expérience les sujets sont des étudiantes, et dans un 1er temps elles passent collectivement un test sur la perception visuelle afin de vérifier la vue, on lève donc une ambiguïté possible par la suite (elles savent toutes qu’elles ont une bonne vue). On projette ensuite une série de diapositives et par groupes de 6, elles devront donner une à une à haute voix la couleur de la diapositive. La norme perceptive majoritaire des diapositives est le bleu. Il y a 3 conditions expérimentales :
- condition contrôle : 6 sujets naïfs → 0.25% (une étudiante pour une diapo dit vert)
- condition expérimentale 1 : 4 sujets naïfs, 2 compères consistants ; « vert » 36 fois sur 36 → 8.42% de réponses « verte »
- condition expé. 2 : 4 sujets naïfs, 2 compères inconsistants ; « vert » 24 fois sur 36 → 1.25%

Pour qu’il y ait un début d’influence minoritaire, il faut que la minorité soit active et consistante (qu’elle ne dévie pas de son point de vue) ; après un processus commence : consensus compromis, effet perturbateur, conflit, incertitude… On veut comprendre le point de vue minoritaire ? Il y a donc un processus de validation et le sujet va s’intéresser à l’objet du conflit (ici la diapo).
La minorité vient rompre le consensus, il y a création d’un conflit attribué au départ aux caractéristiques propres des sujets de la minorité, mais si cette dernière est consistante on va s’intéresser à la valadité du jugement, à l’objet du conflit qu’on va reconsidérer.
Ainsi, une minorité peut avoir une influence sur la majorité à certaines conditions (active, visible, consistante).
Mais qui a le plus d’influence ? C’est la majorité, mais les influences majoritaire et minoritaire sont-elles comparables ? Sont-elles issues de processus différents ?

MAJORITE → pression à la conformité → minorité
Minorité → innovation → MAJORITE

La minorité a peu de soutien social pour résister alors que la majorité en a beaucoup ; selon Moscovici ces situations ne sont pas comparables.
On est mieux armé pour résister à l’innovation qu’à la conformité, les majorités résistent donc mieux à l’influence mais elles ne sont pas plus influentes ; de son côté, l’influence minoritaire laisse des traces beaucoup plus profondes.


Moscovici, Lage (1976) : La conversion
On compare le conformisme et l’innovation en utilisant de nouveau l’expérience du « bleu/vert », il y a 3 conditions expérimentales :
- condition contrôle : 6 sujets naïfs → 0%
- condition « minoritaire » : 4 sujets naïfs, 2 compères consistants → 10.07% de réponses « verte »
-condition « majoritaire » : 2 sujets naïfs, 4 compères consistants → 40.16%
Donc l’influence majoritaire est plus forte que la minoritaire.
On peut maintenant s’interroger sur la qualité, la profondeur de l’influence ?
Tout de suite après l’expérience, un test de discrimination visuelle est pratiqué : une série de pastilles de couleur passant progressivement du bleu au vert est présentée, il faut désigner la pastille qui est celle pour laquelle on passe du bleu au vert.
L’individu soumis à une influence « minoritaire » détecte plus facilement le vert, il y est plus sensible étant soumis à une influence latente plus profonde. L’influence « majoritaire » est une influence manifeste.
Donc la minorité a une influence latente (effets souterrains puisqu’elle peut influencer le jugement perceptif) alors que la majorité a une influence manifeste (facilement d’accord mais change rien au point de vue).


Moscovici et Personnaz (1980)
Expérience faisant encore appel aux diapositives « bleu/vert » et s’appuyant sur une illusion d’optique, l’effet consécutif ; si on fixe pendant un certain temps une couleur, le cerveau crée automatiquement sa complémentaire, et en regardant un fond blanc on peut la percevoir. Pour le bleu la couleur complémentaire est l’orange/rouge, et pour le vert c’est le pourpre.
● 1er phase : annonce fictive
- 81.8% « bleu » et 18.2% « vert »
- 81.8% « vert » et 18.2% « bleu »
Il y a 2 sujets naïfs donnant leur réponse par écrit, l’expérimentateur ramasse la feuille et il revient après 10 minutes avec des infos construites, il fait l’inverse dans une autre situation expérimentale.
● 2em phase : jugement du compère (répond toujours « vert »)
- « vert » = influence minoritaire
- « vert » = influence majoritaire
● 3em phase : réponse du sujet
- diapo = bleu, compère = pourpre
- diapo = vert, compère = rouge

Influence minoritaire = peu d’influence manifeste mais beaucoup d’influence latente → effet de conversion.
Influence majoritaire = beaucoup d’influence manifeste mais peu d’influence latente.
Face à une majorité forte, il y a reconsidération de la réponse sans revoir l’objet du début.

En résumé
Influence majoritaire Influence minoritaire
Effet : complaisance Effet : conversion
Processus : centration sur les individus Processus : centration sur l’objet
responsables du conflit du conflit
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L'étude du conformisme 05/02/07
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